"Ci-gisent le frère et la sœur.
Passant, ne t’informe pas de la cause de leur mort.
Mais passe et prie Dieu pour leur âme.
Église Saint-Jean-en-Grève.
Paris.
1603 ."
Certaines inscriptions funéraires possèdent un singulier pouvoir d'évocation ...
Leur lecture fait surgir le fantôme de personnes disparues depuis parfois des siècles.
Blandine Le Callet réunit dans ce recueil des épitaphes authentiques, à partir desquelles elle imagine les dernières heures, les derniers jours ou les derniers mois du défunt.
Elle ressuscite un jeune esclave à qui l'on vient d'offrir sa liberté...
Un philanthrope piégé dans l'étouffant huis clos d'un bordel parisien...
Deux êtres unis par un amour hors norme en route vers leur destin...
Une vieille dame acariâtre rédigeant son testament...
et bien d'autres encore...
Dix destins arrêtés par des morts douces ou violentes, subites ou prévisibles, solitaires ou collectives. Dix nouvelles tour à tour poétiques, féroces, tendres, dramatiques, nostalgiques ou grinçantes, dépeignant une humanité toujours assaillie par les mêmes passions, les mêmes peurs et les mêmes espoirs.
Dix "rêves de pierre" pour conjurer l'oubli...
L'idée de départ peut surprendre...
Elle m'a envoûté de suite...
J'aime la poésie de certains cimetières (si si),il m'arrive même de me "promener" dans les cimetières des lieus de mes vacances et de m'attarder sur les inscriptions funéraires...
Un peu "zarbi" le Jack me direz vous...
J'aime m'imaginer les vies des gens qui y reposent...
Blandine Le Callet raconte avec beaucoup de sensibilité leurs histoires...
Rien ne relie ces personnages, à part la mort et un chien
qu'on retrouve dans chacune des nouvelles et qui semble assister au trépas à chaque fois.
Sensible, pudique et émouvant...
"Je te regarde...
Tu es pâle et tu trembles un peu de froid plus que de peur...
L'air est glacé, mais dans tes yeux, c'est toujours le même feu...
Tu me souris, indifférente à ce qui nous entoure...
Tu as raison : ces instants sont précieux...
Gardons les pour nous seuls...
On nous a ordonné de rester silencieux...
Ce n'est pas grave...
Nous savons nous parler avec les yeux...
Tu sembles soulagée, heureuse presque...
Il fait beau...
Pour nous, le ciel s'est mis en fête...
Un rayon de soleil passe sur ton front, accroche à tes cheveux des reflets fauves et miel...
J'aimerais y enfouir mon visage, éprouver leur douceur, les respirer, comme autrefois...
Mais bien sûr, c'est impossible...
Peu importe...
Te contempler suffit à me combler..."